1562-1567 : quand les guerres de Religion ravagent la cathédrale de Valence
La cathédrale Saint-Apollinaire de Valence n'a pas toujours eu l'allure sobre et homogène qu'on lui connaît aujourd'hui place des Ormeaux. Consacrée le 5 août 1095 par le pape Urbain II, en route vers le concile de Clermont, sous le triple vocable des saints Cyprien, Corneille et Apollinaire, l'édifice roman voulu par l'évêque Gontard (1063-1099) est resté l'un des monuments les plus anciens de la ville pendant près de cinq siècles.
Puis viennent les guerres de Religion. Selon les éléments historiques disponibles sur Wikipédia, la cathédrale est incendiée à deux reprises, en 1562 puis en 1567, par les troupes huguenotes qui contrôlent alors la ville. L'édifice roman du XIe-XIIe siècle en ressort en grande partie détruit, comme la plupart des lieux de culte de Valence à la même époque.
Le chantier de reconstruction n'est engagé qu'en 1604, pour se prolonger jusqu'en 1618 : près de quinze années de travaux pour redonner à la ville sa cathédrale. Le choix retenu par les bâtisseurs du XVIIe siècle est celui de la fidélité : selon la Ville de Valence, l'édifice est reconstruit « à l'identique », en reprenant le plan et le vocabulaire roman d'origine plutôt que d'imposer une esthétique baroque alors en vogue ailleurs en France.
Une reconstruction fidèle, mais jamais tout à fait achevée
Le répit ne dure pas. La foudre s'acharne ensuite sur le clocher : un premier incendie en 1822 provoque son effondrement, imposant une nouvelle reconstruction entre 1824 et 1826, cette fois dans une pierre de Crussol blanche qui tranche encore aujourd'hui avec la molasse grise du reste de l'édifice.
Au XVIIIe siècle, l'évêque Alexandre Milon de Mesme avait déjà profondément transformé l'intérieur : financement d'un grand orgue et de son buffet (l'instrument, installé en 1751-1753 par le facteur suisse Samson Scherrer, sera restauré en 1898 par la maison Cavaillé-Coll sous la direction de Charles Mutin), pose d'un maître-autel en marbre et commande de peintures pour orner les murs. Le chœur abrite par ailleurs le monument dédié au pape Pie VI, mort prisonnier à Valence en 1799 — un rappel que la cathédrale a aussi traversé la Révolution.
Classée monument historique dès 1862 selon la notice Mérimée du ministère de la Culture, la cathédrale conserve un chœur semi-circulaire à déambulatoire, signe de son rôle d'étape sur les chemins de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, ainsi qu'une borne milliaire romaine de la voie Agrippa datée de 274-275, vestige de l'Antiquité valentinoise conservé à l'intérieur.
2022-2026 : un nouveau chantier d'État rouvre le débat patrimonial
Quatre siècles après la reconstruction post-guerres de Religion, la molasse employée par les bâtisseurs du XVIIe siècle continue de poser problème : cette pierre tendre se dégrade particulièrement mal face aux intempéries. C'est ce qui a justifié le lancement, en 2022, d'un chantier de restauration des façades sud et nord piloté par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, sous la maîtrise d'œuvre de l'architecte en chef des monuments historiques Michel Trubert.
D'après le ministère de la Culture, ce chantier représente un budget de 2 281 489 euros hors taxes, intégralement financé par l'État dans le cadre du plan de sécurité et de restauration des cathédrales. Ce plan national, déclenché après l'incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019, a mobilisé 80 millions d'euros dès sa première tranche de financement en 2021, selon les données relayées par la Banque des Territoires — preuve que Valence n'est pas un cas isolé dans un pays qui compte 87 cathédrales appartenant à l'État.
Le chantier valentinois n'a toutefois pas fait l'unanimité chez les défenseurs du patrimoine local. La polémique porte sur les claveaux, ces pierres qui encadrent les baies en alternant traditionnellement teintes blanches et ocre pour former un damier caractéristique de la façade romane. Les autorités en charge de la restauration défendent une remise en teinte monochrome, jugeant l'effet bicolore actuel hérité de restaurations plus tardives et non de la construction d'origine. Des défenseurs du patrimoine, dont l'architecte Thomas Joulie, contestent cette lecture et s'appuient sur une fenêtre « témoin » conservée intacte dans la salle capitulaire, à l'abri des intempéries depuis le XVe siècle, pour affirmer que le damier bicolore serait bien d'origine.
En parallèle, la Ville de Valence prépare un autre chantier : les futurs Jardins de la Cathédrale, destinés à relier l'esplanade de l'édifice, la place des Ormeaux et le centre-ville piéton grâce à un escalier monumental à double volée inspiré d'un projet du XIXe siècle jamais réalisé. Ce projet à 2,7 millions d'euros hors taxes, cofinancé par la Ville, la Région, le Département et l'État, doit être livré en 2026, après des études achevées fin 2024 et un début de travaux au printemps 2025.
Ce que coûte un patrimoine martyr : quelques repères chiffrés
| Épisode | Période / date | Donnée sourcée |
|---|---|---|
| Consécration originelle | 5 août 1095 | Par le pape Urbain II |
| Incendies huguenots | 1562 et 1567 | Deux destructions pendant les guerres de Religion |
| Reconstruction « à l'identique » | 1604-1618 | Environ 15 ans de chantier |
| Effondrement du clocher (foudre) | 1822, reconstruit 1824-1826 | Pierre de Crussol blanche |
| Classement monument historique | 1862 | Notice Mérimée PA00117085 |
| Restauration des façades | 2022-2023 | 2 281 489 € HT, financés par l'État |
| Plan national « cathédrales » | Depuis 2021 | 80 M€ en première tranche (France entière) |
| Jardins de la Cathédrale | Études 2024, livraison 2026 | 2,7 M€ HT, financement Ville/Région/Département/État |
Valence, une ville dont le vieux quartier se lit comme un livre d'histoire
La cathédrale ne se visite pas hors sol : elle occupe le cœur du Vieux Valence, quartier épiscopal depuis l'Antiquité, aujourd'hui bordé par le Musée de Valence, art et archéologie, installé dans l'ancien palais épiscopal attenant. Prolonger la visite par ce musée permet de replacer l'histoire religieuse de la ville dans un contexte archéologique plus large, drômois et rhodanien.
Le quartier ancien compense aussi la sobriété du monument religieux par quelques pépites d'architecture civile, à commencer par la Maison des Têtes, référence de la Renaissance valentinoise à quelques rues de la place des Ormeaux. Une flânerie qui peut se prolonger jusqu'au Parc Jouvet, en bord de Rhône, pour souffler après la visite.
À l'échelle nationale, Valence rejoint ainsi une liste de villes où l'État investit actuellement dans la restauration de cathédrales historiques, aux côtés de chantiers menés dans des villes comme Strasbourg ou Lyon, toutes deux dotées d'édifices classés emblématiques du plan « cathédrales » lancé après Notre-Dame. Un rappel que le patrimoine religieux français, de Annecy à Bordeaux en passant par Nantes ou Rennes, reste un chantier permanent, financé par la puissance publique bien après les destructions du XVIe siècle.
Pourquoi cette actualité compte pour les visiteurs
Le chantier de restauration, même s'il a débuté en 2022, continue de façonner l'expérience de visite à Valence à l'approche de 2026, année de livraison prévue des Jardins de la Cathédrale. Pour les voyageurs qui programment un passage dans la Drôme, la cathédrale Saint-Apollinaire reste un point de repère à part : rare témoignage, dans une ville moyenne, d'un monument roman entièrement reconstruit après un sac religieux, puis à nouveau restauré quatre siècles plus tard sous l'œil de l'État.