Une même origine romaine, deux destins urbains
Tout commence par une seule et même colonie. Selon Wikipédia, l'implantation de Bourg-lès-Valence remonte à l'époque romaine, comme extension de la colonie de Valentia — celle-là même qui a donné naissance à l'actuelle Valence (Drôme). Le quartier du "Vieux Bourg", noyau historique de la commune, porte encore la trace de cette origine antique commune aux deux villes.
Pendant des siècles, les deux entités grandissent côte à côte, séparées non par le fleuve mais par des logiques administratives distinctes. Bourg-lès-Valence devient une commune à part entière, la quatrième plus peuplée de la Drôme, tandis que Valence s'impose comme préfecture du département. Le XXe siècle change radicalement la donne : selon Wikipédia, la commune connaît une croissance démographique de plus de 300 % et une extension urbaine vers le nord et l'est — un boom qui va se heurter de plein fouet aux grands chantiers d'aménagement du Rhône.
Le XXe siècle : quand le Rhône aménagé coupe la ville d'elle-même
C'est là que l'histoire prend un tour singulier. Ce n'est pas le Rhône "naturel" qui a séparé Bourg-lès-Valence de Valence — les deux communes sont voisines et contiguës — mais l'aménagement industriel du fleuve qui a coupé Bourg-lès-Valence de ses propres berges, et donc de son rapport direct au Rhône partagé avec sa voisine.
La Compagnie Nationale du Rhône (CNR) met en service son usine hydroélectrique de Bourg-lès-Valence en 1968, un jalon marqué cinquante ans plus tard par une commémoration officielle, comme le rappelle une vidéo de la CNR relayée par le site Veille Eau. D'après Wikipédia, ce sont précisément "l'autoroute A7 et les installations hydroélectriques" qui ont "transformé le paysage urbain et divisé la communauté" au cours du XXe siècle. Le canal de dérivation creusé pour l'usine et le ruban de l'A7 ont ainsi encerclé une portion du territoire communal riverain, la coupant du reste de la ville.
Le site aujourd'hui connu comme l'Île-Parc Girodet a payé le prix fort de cette coupure. Selon le magazine Traits d'Co, ce terrain historiquement utilisé comme point d'amarrage pour les bateaux fluviaux — un souvenir du passé batelier de la ville — est resté pendant des décennies un espace délaissé, peu investi par les habitants, invisible depuis le centre-ville qu'un échangeur autoroutier tenait à distance.
2019-2024 : la reconquête du fleuve et la passerelle qui referme la fracture
Le projet de reconquête de l'île, engagé à la fin des années 2010, avait initialement visé un achèvement pour l'été 2019, selon Traits d'Co. Le calendrier a finalement glissé de cinq ans : c'est le 8 juillet 2024 que la ville de Bourg-lès-Valence a inauguré l'Île-Parc Girodet, sa nouvelle passerelle et son belvédère, au terme d'un chantier de deux ans portant sur 12 hectares, d'après le site officiel de la commune.
L'ouvrage a valeur de symbole autant que de fonction. Cette passerelle en forme de courbe, mêlant métal et béton, franchit l'autoroute A7 sur 123 mètres pour un poids de 200 tonnes, reliant enfin le centre-ville aux berges du Rhône pour les piétons, cyclistes et personnes à mobilité réduite. Elle s'inscrit dans le tracé de la ViaRhôna, l'itinéraire cyclable de 800 kilomètres reliant le Léman à la Méditerranée — un axe qui, selon la ville de Bourg-lès-Valence, doit "figurer dans toutes les brochures touristiques européennes". Le projet, financé à hauteur de 5,8 millions d'euros par l'État, la région Auvergne-Rhône-Alpes, le département de la Drôme, la commune et la CNR, ne redessine aucune frontière administrative : Bourg-lès-Valence et Valence (Drôme) restent deux communes distinctes. Mais il rétablit, pour la première fois depuis les grands travaux des années 1960, une continuité douce le long du fleuve entre les deux villes, que les cyclistes de la ViaRhôna parcourent aujourd'hui sans obstacle.
Deux villes, deux visages complémentaires à visiter
Cette histoire commune éclaire une évidence pour qui prépare un séjour dans le Valentinois : Valence (Drôme) et Bourg-lès-Valence se visitent en miroir plutôt qu'en alternative. La préfecture concentre le centre historique, les administrations et l'essentiel de l'offre culturelle drômoise. Bourg-lès-Valence, elle, cultive un patrimoine plus industriel et fluvial : l'Ancienne Cartoucherie témoigne de l'essor manufacturier du XIXe siècle sur les rives du Rhône, tandis que l'Église Saint-Pierre ancre le Vieux Bourg dans sa strate médiévale.
Côté détente, le Golf Club des Chanalets et l'Île-Parc Girodet offrent aux visiteurs de Valence une extension verte à quelques minutes de la préfecture, désormais accessible par les mobilités douces plutôt que par la seule voiture. En centre-ville, des adresses comme The Bar à Vin participent à la reconquête récente d'un cœur de bourg longtemps éclipsé par sa grande voisine. Pour les cyclotouristes de la ViaRhôna qui remontent depuis Lyon, la séquence Bourg-lès-Valence puis Valence (Drôme) forme désormais une étape cohérente le long du fleuve — là où l'A7 et le canal industriel imposaient autrefois un détour.
Chiffres clés sourcés
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Population de Bourg-lès-Valence (2023) | 19 992 habitants | INSEE |
| Population de Valence, Drôme (2023) | 64 458 habitants | INSEE |
| Mise en service de l'usine hydroélectrique CNR | 1968 | CNR / Veille Eau |
| Surface du projet Île-Parc Girodet | 12 hectares | Ville de Bourg-lès-Valence |
| Longueur de la nouvelle passerelle | 123 mètres | Ville de Bourg-lès-Valence |
| Poids de la structure | 200 tonnes | Ville de Bourg-lès-Valence |
| Coût total du projet (passerelle + parc) | 5,8 millions d'euros | Ville de Bourg-lès-Valence |
| Date d'inauguration | 8 juillet 2024 | Ville de Bourg-lès-Valence |
| Longueur de la ViaRhôna (Léman-Méditerranée) | 800 kilomètres | Ville de Bourg-lès-Valence |
Les deux communes conservent des trajectoires démographiques stables : selon l'INSEE, Bourg-lès-Valence évolue de 19 305 habitants en 2012 à 19 992 en 2023 (variation annuelle moyenne quasi nulle depuis 2017), tandis que Valence progresse de 62 481 à 64 458 habitants sur la même période, avec une hausse annuelle moyenne de 0,2 % entre 2017 et 2023.